Internet – Nouvelle Technologie et Dimension Economique Anti-Crise

Internet – Nouvelle Technologie et Dimension Économique Anti-Crise

La Comédie Humaine…continue – dirait Honoré de Balzac.

L’aigle, le bœuf et le e-business* est un regard jeté à la fois sur le passé, le présent et l’avenir immédiat, et s’articule autour de trois dimensions :

 

 

Une dimension historique, destinée à apporter un éclairage sur la révolution des technologies de l’information et sur les différentes étapes qui ont rythmé son développement de 1970 à nos jours : 2001, l’odyssée des technologies de l’information .

Une dimension économique, destinée à comprendre les traits fondamentaux de la “nouvelle économie” qui émerge depuis bientôt trois décennies à l’échelle de la planète, à décrire le rôle que tient Internet dans cette “nouvelle économie” et à expliquer ses conséquences sur l’organisation et le fonctionnement des entreprises à court et moyen termes : 2004, l’avènement du e-business .

Une dimension stratégique, enfin, destinée à démontrer pourquoi et comment favoriser la diffusion et l’intégration des technologies de l’information et du e-business dans tout le tissu industriel et commercial français afin d’améliorer la productivité de notre économie et d’en renforcer la compétitivité à un horizon cinq ans : 2007, la France en réseaux .

Oscar Wilde commente et résume l’ouvrage d’Honoré de Balzac

 «Au bœuf l’agriculture patiente, à l’aigle la vie insouciante»

Cette citation, tirée du roman Les Illusions perdues que Balzac écrivit entre 1837 et 1843, au moment de l’avènement du chemin de fer et de la transformation sociale qui l’accompagne, suffit à elle seule pour résumer l’esprit de cette trilogie éditoriale. Si Honoré de Balzac était encore parmi nous aujourd’hui, il aurait sans nul doute stigmatisé le « phénomène » Internet pour compléter son œuvre majeure, La Comédie humaine. Car tout ici converge vers les thèmes essentiels qui ont façonné durant trente ans les romans de Balzac : volonté de puissance, société, argent, arrivisme, méfait de la passion unique. […]

Aussi associe-t-il le pouvoir économique et financier à l' »aigle », animal royal qui incarne la pensée élevée, mais dont le caractère d’oiseau de proie implique une volonté de puissance inflexible et dévorante. Ces « aigles », qui comme à l’époque de la railway mania dans les années 1840, ont été à l’origine, de 1998 à mars 2000, de cette « exubérance irrationnelle » qui a consisté à vouloir récupérer sans attendre la richesse promise par ce secteur naissant.

Le « bœuf » enfin, symbole de force paisible, de calme, de puissance de travail et de sacrifice, que Balzac associe volontiers aux personnages les plus modestes de ses romans, à l’image de David Séchard, imprimeur dévoué, malgré son réel talent d’inventeur, à la cause de son ami Lucien de Rubempré, et grâce auquel est assurée la continuité de la vie et du progrès social.

En fait, comme au moment de la railway mania .., Internet a déchaîné les passions et a vu se développer et éclater une grande bulle spéculative. Comme à l’époque, enfin, ces années de fièvre débouchent sur une grave crise économique, financière et industrielle, de laquelle, n’en doutons pas, Internet et le secteur des technologies de l’information ressortiront renforcés à moyen et long termes.

 

Les 12 idées fortes développées 

Internet n’est pas un phénomène isolé mais représente bien la forme la plus aboutie de la révolution des technologies de l’information née autour des années 1970 dans la « Silicon Valley » grâce à la convergence des progrès et des innovations technologiques réalisés dans les secteurs de la microélectronique, de l’informatique et des télécommunications. Ces progrès et ces innovations ont constitué les fondements du système technologique dans lequel nous nous sommes « engouffrés » dans les années 1990 et ont bien entraîné, depuis trente ans, une série de ruptures dans les fondements matériels de notre économie, de notre culture et de notre société.

L’événement majeur est qu‘Internet constitue depuis le milieu des années 1990 la plate-forme universelle de la convergence de l’informatique et des télécommunications, et qu’il revêt, de ce fait, une importance déterminante pour le développement du secteur des technologies de l’information et celui d’activités nouvelles. L’adoption du protocole TCP/IP comme standard mondial de communication et d’interconnexion est à l’origine d’une succession de changements radicaux dans ce secteur, à travers trois étapes clés : 1995-1999, l’avènement des Dotcom, l’explosion des start-up technologiques et la cristallisation de l’industrie des technologies de l’information autour de l’Internet Protocol; 2000 : l’éclatement de la « bulle Internet » et le retour aux fondamentaux de l’économie réelle ; 2001 : le déclenchement de la crise économique, financière et industrielle la plus grave de l’histoire du secteur des technologies de l’information.

La seule certitude que nous ayons aujourd’hui, c’est que ce secteur tient désormais une place centrale dans l’économie. Il est donc vital que cette industrie parvienne à relever les défis majeurs qui lui permettront de renouer avec la croissance et les profits à moyen et long termes :

– Remettre le « client » au cœur de son organisation en passant d’une production de masse de biens et services standardisés à une production personnalisée, flexible et réactive.
– Proposer des offres dans le cadre de modèles économiques innovants fondés sur l’externalisation.
– Savoir inventer de nouveaux modèles de commercialisation de ces offres afin de favoriser leur diffusion dans l’ensemble du tissu industriel et commercial français et non plus seulement auprès des 5 000 moyennes et grandes entreprises qui constituent aujourd’hui 80 % du chiffre d’affaires des « TIC ».

La révolution des technologies de l’information a contribué à faire émerger une nouvelle économie dite « informationnelle et globale » : informationnelle parce que la productivité et la compétitivité des unités ou des agents de cette économie dépend essentiellement de leur capacité à générer, traiter et appliquer une information efficace fondée sur la connaissance ; globale, parce que les activités clés de production, consommation et distribution, ainsi que leurs composants (capital, travail, matière première, gestion, information, technologie, marché) sont organisés à l’échelle planétaire, soit directement ou à travers un réseau de liens entre les agents économiques.

La nouvelle forme organisationnelle des entreprises dans cette économie informationnelle/globale est l’entreprise dite « en réseau », c’est-à-dire une entreprise qui a adopté une organisation lui permettant : de générer du savoir et de traiter de l’information, plus vite, plus efficacement et au meilleur prix ; de s’adapter à la géométrie variable de l’économie globale ; d’être assez souple pour changer ses moyens aussi vite que les objectifs évoluent sous l’impact des rapides transformations culturelles technologiques et institutionnelles ; et d’innover, l’innovation devenant l’arme clé de la compétitivité dans un univers fortement concurrentiel.

Internet est devenu en quelques années, à la fois une puissante force motrice du mouvement de globalisation et un fantastique vecteur d’intégration des nouveaux procédés de collecte, de traitement et de transmission de l’information dans l’économie informationnelle/globale. La puissance de cette révolution Internet vient de son acceptation en tant que standard mondial qui permet désormais aux entreprises de faire communiquer les différents éléments matériels, logiciels et réseaux de leur système d’information dans des environnements hétérogènes.

Si l’entreprise en réseau est la forme organisationnelle de l’économie informationnelle/globale, le e-business en est sa forme opérationnelle. Grâce au e-business, l’entreprise peut enfin mettre en réseau l’ensemble de ses échanges par l’interconnexion électronique de sa plate-forme technologique avec celles de ses cinq pôles de relation. Les possibilités accrues de collaboration qu’offrent les nouvelles technologies Internet permettent aux entreprises, à partir de la valeur initiale des matières premières et autres inputs (y compris le savoir), de créer plus de valeur au cours des différentes étapes de transformation, de fabrication, de stockage, de transport et de commercialisation de leurs produits et services, dans le but ultime de fournir une valeur supérieure au client final.

La révolution organisationnelle et opérationnelle induite par la mise en œuvre du e-business dans les entreprises repose avant tout sur la révolution technologique initiée par Internet au niveau de leur système d’information. Cette révolution technologique entraîne la nécessaire migration de ces systèmes, aujourd’hui propriétaires et autonomes, vers des systèmes ouverts, synonymes d’interopérabilité et d’universalité, capables de s’interconnecter les uns aux autres. Les nouveaux principes et modes opératoires de ces systèmes soulagent les infrastructures, facilitent l’automatisation des processus, améliorent la productivité individuelle, renforcent les décisions stratégiques et permettent aux entreprises de se concentrer sur leur cœur de métier tout en bénéficiant d’une qualité de service supérieure, d’une maîtrise des coûts plus efficiente et d’une sécurité optimisée.

Cette nouvelle forme organisationnelle et opérationnelle est à terme la seule chance des entreprises de survivre et de se développer dans une économie informationnelle/globale qui ne cesse de s’étendre et de s’imposer un peu plus chaque jour. Malheureusement, si les 2 000 plus grandes entreprises françaises ont d’ores et déjà amorcé le virage e-business, c’est loin d’être le cas des 2 400 000 petites et moyennes entreprises qui forment l’essentiel de notre tissu économique et industriel. Pourtant, à l’heure où l’on constate une forte désindustrialisation de la France et où la compétitivité de notre économie a chuté de la 12e place en 1992 à la 26e place en 2003, jamais la vivacité de notre tissu de TPE et de PME-PMI comme agents d’innovation et de formation et comme sources de création d’emploi et de productivité n’a eu autant d’importance. Et si jusqu’à la fin des années 1990, aucune étude sérieuse n’avait encore pu démontrer l’impact de l’informatisation des entreprises sur la productivité de l’économie, personne ne conteste plus guère les gains de productivité et de compétitivité obtenus grâce à l’utilisation intensive des technologies de l’information en général et d‘Internet en particulier.

 

Dans ce contexte, les enjeux liés à une meilleure diffusion des technologies de l’information dans le tissu industriel et commercial français sont de quatre natures différentes :

Les enjeux macroéconomiques : la France a connu, ces dix dernières années, un net affaiblissement de sa productivité et de sa compétitivité au regard des autres économies développées, en raison principalement de sa contre performance en matière d’innovation et d’utilisation des technologies de l’information par ses entreprises. Accélérer la diffusion de ces nouvelles technologies dans l’ensemble de notre tissu industriel et commercial, c’est donc avant tout fournir à notre économie l’un des principaux leviers lui permettant de redresser sa productivité et sa compétitivité à court terme, et donc sa croissance potentielle à moyen et long termes. Croissance qui reste, rappelons-le, le ciment de la cohésion sociale dans notre pays.

Les enjeux microéconomiques : du point de vue microéconomique, accélérer la diffusion des technologies Internet dans notre tissu industriel et commercial c’est avant tout améliorer la « position compétitive » de nos entreprises face à leurs concurrentes internationales qui ont déjà totalement ou partiellement adopté les pratiques et les règles de l’économie en réseaux, autrement dit :

– Fournir aux entreprises une infrastructure flexible et performante, adaptée à la fois aux nouvelles contraintes de la compétition internationale et aux nouveaux systèmes de production et de gestion de l’économie informationnelle globale.
Contribuer à la modernisation et au développement de ces entreprises afin de les accompagner dans leurs efforts de mutation, de diversification et de création d’activités.
Renforcer le tissu économique, la création de richesse et par conséquent la création d’emplois nouveaux et pérennes dans nos territoires.
– Créer autour des entreprises de production un environnement de qualité, favorable à leur développement et au partenariat.
Accompagner les entreprises industrielles dans leurs efforts de modernisation de l’appareil de production, d’amélioration de la productivité et d’appropriation de nouveaux procédés.
– Favoriser l’innovation, la recherche et le transfert de technologie.

 Les enjeux pour l’aménagement du territoire : dans les territoires à faible densité industrielle, qui sont principalement situés dans la moitié sud de la France, la faible représentation des groupes et des micro-groupes est aujourd’hui un réel handicap. En effet, dans ces structures industrielles, dominées par des TPE et des PE indépendantes évoluant essentiellement dans le secteur de l’artisanat, il n’existe pas de « locomotive » capable d’impulser une dynamique locale au niveau du développement de l’économie en réseaux. Or les fonctions économiques et sociales des TPE et des PE issues de l’artisanat sont essentielles pour l’aménagement du territoire rural. Là encore, une utilisation intensive des technologies Internet et une meilleure adaptation aux pratiques et aux règles de l’économie en réseau paraît fondamentale pour permettre à ces entreprises de sauvegarder l’emploi local et de dynamiser leurs activités. Avec Internet, les artisans, les travailleurs indépendants, les professions libérales, les TPE ou les PE évoluant dans ces territoires pourraient enfin s’intégrer dans tous les types de réseaux d’entreprises à l’échelle locale, nationale ou transnationale, et notamment dans des Systèmes Productifs Locaux qui constituent aujourd’hui un atout fondamental pour l’essor ou la revitalisation des territoires.

Les enjeux sectoriels : le dernier enjeu lié à une meilleure diffusion des technologies Internet dans l’ensemble de notre tissu industriel et commercial concerne à la fois la vitalité de notre secteur productif en TIC et le développement d’un secteur porteur d’avenir, celui des « Dotcom ». En France, les technologies de l’information, en tant que secteur d’activité, jouent aujourd’hui à armes égales avec de nombreux secteurs considérés comme des poids lourds de l’économie, à l’instar des transports ou de l’automobile. Il est donc là aussi indispensable que les industriels des TIC puissent trouver dans notre tissu industriel et commercial le relais de croissance nécessaire à leur développement. L’autre secteur, encore émergent, dont l’avenir reste étroitement lié à une meilleure diffusion des technologies Internet dans l’ensemble de nos entreprises est celui des « Dotcom ». Ces entreprises préfigurent bien un mouvement de fond qui engendrera à moyen et long termes la transformation des modèles de production et de commercialisation dans beaucoup de secteur d’activité comme l’édition, la musique, la publicité, la grande distribution, le commerce spécialisé, le tourisme, les loisirs, la bourse, l’informatique, le recrutement ou encore l’immobilier. Il faut donc, dès aujourd’hui, encourager et soutenir les initiatives de ces Net entrepreneurs en favorisant l’appropriation, par les entreprises, des nouveaux outils, services et applications que ces derniers mettent à leur disposition via Internet.

Cinq freins principaux ralentissent aujourd’hui la diffusion et l’intégration des technologies de l’information dans le tissu industriel et commercial français :

Un frein culturel, l’informatique étant souvent vécue par les chefs d’entreprises comme une contrainte à leur développement et un centre de coûts.
Un frein organisationnel, le chef d’entreprise étant souvent le seul décideur en terme d’investissement technologique et n’ayant pas le temps matériel d’identifier les offres les plus adaptées à ses besoins et de mettre en œuvre les solutions requises.
Un frein économique, les solutions proposées sur le marché étant souvent surdimensionnées et encore beaucoup trop chères au regard des besoins et des ressources financières et matérielles des petites et moyennes entreprises.
Un frein infra-structurel, le e-business reposant avant tout sur les possibilités offertes aux entreprises de bénéficier d’un accès haut débit à Internet permanent, performant et économique, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Un frein commercial, les industriels des technologies de l’information ne bénéficiant pas de réseau de distribution adapté aux spécificités des petites et moyennes entreprises.

Dans ce contexte, la diffusion et l’intégration des nouvelles technologies Internet dans le tissu industriel et commercial français reposeront avant tout sur cinq facteurs clés de succès :

– L’élaboration et la mise en œuvre d’une politique gouvernementale volontariste, déterminée et mobilisatrice, associant diffusion des TIC et développement économique territorial
– Une organisation centralisée/décentralisée privilégiant un maillage en réseau du territoire français
– Des plans d’action bâtis sur le long terme autour du triptyque Sensibilisation / Formation / Accompagnement
– Une stratégie de communication fédératrice autour de la politique gouvernementale
– La mise à disposition des entreprises d’infrastructures haut débit performantes et compétitives sur l’ensemble du territoire.

 

*« L’aigle, le bœœuf et le e-business » est une trilogie d’Olivier Midière (tomes I & II publiés en janvier 2002), relative à la révolution des technologies de l’information et à son impact sur notre économie.

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